Doublage

Qu'est-ce qu'une bande rythmo ?

Une bande rythmo est une bande de texte horizontale qui défile sous l'image d'un film ou d'une série, en synchronisme avec les mouvements des lèvres des personnages. Elle sert de support aux comédiens et comédiennes de doublage : chaque réplique y est écrite à l'endroit exact où elle doit être dite. Quand le texte passe sous une barre verticale fixe, on le prononce, et la voix française tombe sur les lèvres de la version originale. La bande indique aussi qui parle, où respirer, où rire et où la bouche se ferme. C'est l'outil de travail du doublage francophone : en France, en Belgique et au Québec, on double « à la bande », là où la plupart des autres pays doublent à l'oreille. Mise au point en 1949 et longtemps calligraphiée à la main sur pellicule, elle se fabrique aujourd'hui dans des logiciels dédiés.

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Une bande rythmo numérique sous une vidéo : le texte de chaque rôle défile vers une barre verticale, avec la forme d'onde du son en dessous
Une bande rythmo numérique. Chaque rôle a sa couleur, la barre marque l'instant où le texte se dit, la forme d'onde du son court en dessous.

À quoi sert une bande rythmo ?

À faire coïncider une voix avec des lèvres qui ne l'ont pas prononcée. Quand un film est doublé, le texte français doit tomber exactement sur les mouvements de bouche filmés dans une autre langue : c'est la synchronisation labiale, ou lip sync. La bande rythmo résout ce problème en amont. Le texte est écrit à sa place définitive, image par image, avant même que le comédien n'entre en studio.

Concrètement, elle apporte quatre choses au plateau :

  • Le calage. Chaque syllabe est posée là où la bouche s'ouvre ou se ferme à l'écran. Le comédien n'a pas à deviner le rythme, il le lit.
  • Le jeu sans mémorisation. On lit en jouant, ce qui permet d'enchaîner les prises et de reprendre une boucle autant de fois que nécessaire.
  • La répartition. Plusieurs comédiens à la barre lisent chacun leur ligne, dans leur couleur, y compris quand les répliques se chevauchent.
  • Le langage commun. La direction artistique, l'ingénieur du son et les comédiens regardent la même bande et parlent des mêmes boucles.

D'où vient la bande rythmo ?

Du cinéma parlant. Le doublage se met en place en France dans les années 1930, d'abord avec des comédiens de théâtre qui apprennent leur texte. La bande rythmo, elle, est mise au point en 1949 dans l'auditorium parisien de la MGM : le texte est écrit sur une bande de pellicule 35 mm blanche, calée sur l'image et défilant huit fois plus lentement qu'elle, projetée sous l'écran de la salle de doublage. La bande défile, le comédien lit.

Pendant des décennies, cette bande est calligraphiée à la main, à l'encre. Le texte doit être lisible en mouvement, d'où une écriture allongée et régulière qui fait la réputation des calligraphes de doublage. Les studios francophones conservent cette méthode alors que la plupart des autres pays enregistrent « à l'oreille », le comédien écoutant la version originale au casque.

Depuis les années 2000, la pellicule a laissé la place à des logiciels : la bande est saisie à l'écran, affichée sous la vidéo, et se corrige à l'image près. Le principe, lui, n'a pas changé.

Comment fabrique-t-on une bande rythmo ?

En trois étapes, chacune tenue par un métier différent, avant d'arriver en plateau.

  1. La détection. Le détecteur ou la détectrice visionne la version originale et note sur la bande, à l'image près, tout ce que la bouche fait : labiales, ouvertures et fermetures, respirations, rires, réactions. Le film est découpé en boucles numérotées, les changements de plan sont marqués, et le texte original est transcrit au bon endroit.
  2. L'adaptation. L'adaptateur ou l'adaptatrice écrit le texte français sur cette bande détectée. Il ne s'agit pas de traduire mot à mot : il faut une phrase de la bonne longueur, qui place ses labiales sur celles de l'image, qui respecte le sens et qui se joue bien. C'est un travail d'auteur.
  3. La calligraphie, devenue saisie. Hier, une calligraphe recopiait l'adaptation au propre sur la bande de pellicule. Aujourd'hui, le texte est saisi dans le logiciel, avec une couleur par rôle, les signes rythmo et un calage à la frame.

Du croisillé, le tableau qui dit quel rôle parle dans quelle boucle, la production tire le planning des comédiens. En plateau, la bande défile sous l'image, le comédien lit à la barre, la direction artistique valide le jeu et l'ingénieur du son enregistre, boucle après boucle.

Les métiers autour de la bande

Détecteur, détectrice
Relève les mouvements de lèvres, les respirations et les plans, découpe les boucles.
Adaptateur, adaptatrice
Écrit le texte français calé sur la détection. Auteur du dialogue doublé.
Calligraphe
Recopiait l'adaptation sur la pellicule. Le métier a disparu avec la bande numérique.
Directeur, directrice artistique
Distribue les rôles, dirige les comédiens en plateau et valide les prises.
Comédien, comédienne de doublage
Lit la bande à la barre et joue le rôle sur l'image.
Ingénieur, ingénieure du son
Enregistre, monte et mixe les voix sur la version internationale.

Lexique de la bande rythmo

Réplique
Une phrase, ou un fragment de phrase, prononcée par un rôle. Sur la bande, elle a un début et une fin à l'image près.
Rôle
Un personnage. Chaque rôle a sa couleur ou sa ligne sur la bande, pour que chaque comédien ou comédienne repère son texte au premier coup d’œil.
Boucle
Un segment du film, de quelques secondes à une minute, numéroté. C'est l'unité de travail en plateau : on enregistre boucle par boucle.
Plan
Un changement de cadre dans l’image. Marqué sur la bande, il aide à se repérer et à découper les boucles.
Labiale
Une consonne prononcée lèvres fermées (b, p, m), visible à l'image. C'est le point de calage principal : le texte français doit y placer une labiale à son tour.
Signe rythmo
Une notation portée sur la bande à côté du texte : respiration, bouche fermée, rire, réaction, étirement d’une syllabe. Chaque studio a ses habitudes, le principe est le même.
Croisillé
Le tableau qui croise les boucles et les rôles. Il dit quel comédien est présent dans quelle boucle, et sert à organiser le plateau.
Barre
Le repère vertical fixe sous l'image. Le texte se dit au moment où il passe sous la barre. Dans un logiciel, c'est le curseur de lecture, ou playhead.
DETX
Le format de fichier des projets Cappella, un logiciel de bande rythmo répandu dans les studios. Il sert de format d’échange entre outils.

Bande rythmo, sous-titres et doublage à l'oreille

Un sous-titre s'adresse au public ; une bande rythmo ne quitte jamais le studio. Les deux contiennent du texte calé sur l'image, mais le sous-titre condense pour être lu confortablement, quand la bande écrit tout, syllabe par syllabe, pour être dite.

Le doublage à l'oreille, pratiqué en Allemagne, en Italie ou en Espagne, se passe de bande : le comédien écoute la version originale au casque, mémorise la boucle et la rejoue. Il demande une autre forme de virtuosité et repose davantage sur la mémoire et la répétition. La bande, elle, déplace le travail de synchronisation vers l'adaptation, en amont, et rend le plateau plus rapide. Chaque école a ses partisans ; la francophonie a gardé la bande.

La bande rythmo aujourd'hui

Elle se fabrique dans un logiciel. La vidéo est importée, la forme d'onde du son s'affiche sous l'image, les changements de plan sont détectés automatiquement, les répliques sont saisies et calées à la frame, les signes ajoutés d'un raccourci. Le projet s'échange entre outils, par exemple au format DETX, et s'exporte en vidéo avec la bande incrustée, en croisillé imprimable ou en sous-titres.