Référence
Qu'est-ce que le doublage ?
Le doublage consiste à remplacer la bande dialogue d'un film, d'une série ou d'un jeu par une nouvelle version, jouée par des comédiens dans une autre langue, calée sur les lèvres des personnages à l'image. Il se distingue du sous-titrage, qui laisse les voix d'origine et écrit la traduction à l'écran, et du voice-over, qui pose une voix par-dessus l'originale sans la remplacer. En France, en Belgique et au Québec, le doublage se fait « à la bande » : les comédiens lisent une bande rythmo qui défile sous l'image, là où l'Allemagne, l'Italie ou l'Espagne doublent à l'oreille.
D'où vient le doublage ?
Du cinéma parlant, à la fin des années 1920. Pour vendre un film hors de sa langue, les studios tournent d'abord plusieurs versions du même scénario avec des acteurs différents, jusqu'à huit langues pour un même titre, ce qui coûte trop cher pour durer. En 1929, sur Chantage, Alfred Hitchcock fait dire les répliques d'Anny Ondra, dont l'accent pose problème, par une autre comédienne hors champ pendant qu'elle les mime : le doublage est né. En France, il est d'abord confié à des comédiens de théâtre, se développe dans les années 1930 et 1940, et gagne son outil propre en 1949 avec la bande rythmo. Le Québec construit ses propres studios à partir de la fin des années 1980, la Belgique dans les années 2000. Depuis 1995, la mention des comédiens de doublage au générique est obligatoire en France, à la suite de grèves de la profession.
Les cinq étapes d'un doublage
- La détection. Un détecteur ou une détectrice relève sur la bande rythmo, à l'image près, tout ce que la bouche fait dans la version originale : labiales (B, P, M), fricatives (F, V), voyelles ouvertes ou arrondies, respirations, rires, réactions. Le film est découpé en boucles numérotées, les changements de plan sont marqués, le texte original est transcrit. Le croisillé en découle.
- L'adaptation. L'adaptateur ou l'adaptatrice écrit le texte français sur cette détection : même sens, même longueur, une labiale française sur chaque labiale de l'image, et une phrase qui se joue. L'anglais étant plus court que le français, il faut souvent condenser. C'est un travail d'auteur ; André Maurois et Raymond Queneau ont signé des adaptations.
- La calligraphie, aujourd'hui la saisie. Hier, une calligraphe recopiait l'adaptation au propre sur la pellicule ; aujourd'hui, le texte est saisi et vérifié dans un logiciel de bande rythmo.
- L'enregistrement. En plateau, la bande défile sous l'image, les comédiens lisent à la barre et jouent, boucle après boucle, sous la conduite d'un directeur ou d'une directrice artistique qui distribue, dirige et valide les prises.
- Le mixage. L'ingénieur ou l'ingénieure du son monte les voix et les mélange à la version internationale, musique, effets et ambiances, pour livrer la bande son finale.
Les métiers du doublage
- Détecteur, détectrice
- Relève les mouvements de lèvres, les respirations et les plans ; découpe les boucles.
- Adaptateur, adaptatrice
- Écrit le texte français calé sur la détection. Auteur du dialogue doublé.
- Directeur, directrice artistique
- Choisit les voix, dirige les comédiens en plateau, valide les prises.
- Comédien, comédienne de doublage
- Joue le rôle sur l'image en lisant la bande. Souvent formé au théâtre.
- Ingénieur, ingénieure du son
- Enregistre les voix en plateau, les monte et les mixe.
- Chargé, chargée de production
- Planifie les plateaux à partir du croisillé, convoque les comédiens, tient les cachets.
Doublage, sous-titrage, voice-over
Le doublage s'adresse à tout le public, sans lecture, au prix d'une adaptation contrainte par les lèvres ; le sous-titrage garde les voix et le jeu d'origine, mais détourne l'œil de l'image ; le voice-over, courant dans les documentaires et dans plusieurs pays d'Europe de l'Est, pose une traduction sur la voix originale encore audible. La France, l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne sont des pays de doublage ; les Pays-Bas, la Flandre, le Portugal et la Scandinavie sous-titrent, sauf pour les programmes destinés aux enfants. Le débat est ancien : Jean Renoir tenait le doublage pour « une infamie », Alfred Hitchcock jugeait qu'un film perd 15 % de sa force sous-titré et 10 % seulement bien doublé.
Lexique du doublage
- VO, VF, VOSTFR
- Version originale ; version française ; version originale sous-titrée en français.
- VFF, VFQ, VFB
- Version française produite en France, au Québec (en français international) ou en Belgique. La VQ désigne une version québécoise à l'accent marqué.
- VI
- Version internationale : la bande son sans les dialogues (musique, effets, ambiances), sur laquelle on pose les nouvelles voix.
- Bande rythmo
- La bande de texte qui défile sous l'image et indique à la syllabe près quand dire chaque réplique. Voir la page dédiée.
- Boucle
- Un segment du film, d'une minute environ, numéroté : l'unité de travail en plateau.
- Croisillé
- Le tableau qui croise boucles et rôles ; il dit qui est présent dans quelle boucle et sert au planning.
- Voice-over
- Une voix traduite posée par-dessus la voix originale, qu'on entend encore en fond ; ni calage sur les lèvres ni remplacement, à la différence du doublage.
- Post-synchronisation
- Réenregistrer en studio des dialogues dans la langue du tournage, quand la prise de son directe n'est pas exploitable. Mêmes outils que le doublage.
- Voxographie
- La liste des rôles doublés par un comédien ou une comédienne, comme une filmographie pour la voix.
Les outils du doublage aujourd'hui
La bande rythmo est numérique depuis les années 2000 et le plateau tient désormais dans un logiciel : détection assistée, plans détectés automatiquement, répliques calées à la frame, enregistrement des prises sur la bande, version sans voix par séparation, sorties vers le mixage. Le format DETX, hérité de Cappella, sert d'échange entre outils et studios. Le guide des logiciels de doublage détaille ce qu'ils doivent faire et compare les options, gratuites et payantes.
Source principale : l'article Doublage de Wikipédia en français (histoire, étapes, métiers, terminologie).